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FESTIVAL D'AVIGNON
Enfer et paradis au Palais des Papes
[ 03/07/08 ]
Le programme de la manifestation officielle, qui commence demain, est austère et européen. Les marginaux du « off » proposent parallèlement plus de mille spectacles. Hortense Archambault, Romeo Castellucci, Valérie Dréville et Vincent Baudriller.
Tél. : 04.90.14.14.14,
du 4 au 26 juillet, www.festival-avignon.com.
Pour le off, 10 juillet-2 août : www.avignonleoff.com
La soixante-deuxième édition du Festival d'Avignon commence vendredi, du moins dans sa version officielle. Le festival marginal, dit le « off », ne débutera que le 10 juillet. Coup d'envoi demain avec « Partage de midi » de Claudel, mis en scène collectivement par les quatre acteurs (Valérie Dréville, Nicolas Bouchaud, Jean-François Sivadier et Gaël Baron) dans la carrière Boulbon, située en pleine garrigue, à quelques kilomètres de la ville. Puis, ce samedi, l'Italien Romeo Castellucci présente, dans la mythique cour d'honneur du Palais des Papes, sa vision de « L'Enfer » de Dante, qui est le premier volet d'une intégrale de « La Divine Comédie » (on verra ensuite un « Purgatoire » dans un autre lieu et un « Paradis » dans un troisième lieu - mais cette dernière partie sous forme de parcours-spectacle).
Claudel, Dante en ouverture : le festival sera-t-il mystique et métaphysique ? En tout cas, les directeurs, Hortense Archambault et Vincent Baudriller, maintiennent leur ligne austère et leur passion des metteurs en scène européens. Leur principe est d'associer à leur conception du festival un artiste différent chaque année. Pour 2008, ils en ont même invité deux : la comédienne Valérie Dréville et le metteur en scène Romeo Castellucci. Ces deux baladins ont, d'une certaine façon, des pratiques antagonistes : l'une illustre une conception artisanale du jeu et le goût du texte littéraire. L'autre, disciple transalpin d'Antonin Artaud et de son « théâtre de la cruauté », fait des spectacles visuels et sonores reflétant de grandes idées et de grands rêves. Leur présence permet d'opposer et d'associer deux façons de faire du théâtre.
Artistes d'ailleurs
L'Europe théâtrale est l'obsession des directeurs, qui ne tiennent pas à attirer le public avec des noms d'acteurs et de metteurs en scène connus. Place plutôt à des artistes d'ailleurs, comme l'Allemand Thomas Ostermeier, qui met en scène « Hamlet », le Belge Guy Cassiers, qui présente deux parties d'une « Trilogie du pouvoir », ou le Hollandais Ivo von Hove, qui donne dans la continuité les trois « Tragédies romaines » de Shakespeare (une soirée de six heures !). On découvrira même un groupe franco-autrichien, Superamas, qui décortique la naissance de systèmes autoritaires, de Napoléon à Bush, dans « Empire ». Nos représentants, tels que Stanislas Nordey, François Tanguy, Claire Lasne Darcueil, pour le théâtre, Mathilde Monnier (associée au chanteur Philippe Katherine !) et Sidi Larbi Cherkaoui, pour la danse arrivent à trouver leur place dans cette fête largement internationale que rejoignent aussi l'inévitable Flamand Jan Fabre et quelques Argentins. La création francophone est aussi représentée par deux grands auteurs, le Français Joël Pommerat et le Libano-Québécois Wajdi Mouawad.
Les amateurs d'acteurs célèbres ne pourront se rabattre que sur Pascal Greggory, en pasteur amoureux, dans « Ordet » de Munk mis en scène par Arthur Nauziciel. Mais ils en rencontreront dans le « off » qui, comme chaque année, poursuit sa trajectoire exponentielle et pulvérise ses records. Il y aura entre 1.000 et 1.100 spectacles ! Sarah Biasini, Philippe Caubère, Daniel Prévost, Laura Benson et Jean-Paul Farré sont quelques-unes des têtes d'affiche de ce second festival. Les responsables revendiquent l'étiquette de « plus grand théâtre du monde ». Les troupes, parfois, viennent de très loin, avec, cet été, cinq équipes de Taiwan. Toute une foule planétaire va s'ébattre dans le corset des remparts médiévaux !
GILLES COSTAZ
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