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Un drame chinois

[ 19/08/08  ]

J'ai cherché, hier, tout l'après-midi, un exemple dans l'histoire contemporaine occidentale permettant de rendre compte de l'immensité du choc qui a frappé hier la nation chinoise. J'ai très vite écarté les défaites de l'équipe de France de football ou les déceptions des sprinteurs de l'Hexagone aux jeux Olympiques d'Athènes ou de Sydney. Ce sont des désillusions purement sportives qui n'ont pas bouleversé l'ensemble de la population française. Non, pour comprendre l'effarement d'un milliard trois cent millions de Chinois, il faut plutôt se remémorer les décès brutaux de Coluche ou de la princesse Diana. C'est avec cette même stupéfaction qu'a été vécu hier, dans tout le pays, l'abandon soudain de Liu Xiang dès les séries du 110 mètres haies olympique. Un silence de mort s'est abattu dans le stade olympique mais également dans les restaurants et les bureaux où la population s'apprêtait à célébrer les premiers pas du triomphe de leur héros. A vingt-cinq ans, Liu Xiang, l'athlète le plus adulé, le plus médiatisé, le plus sponsorisé du pays - il a signé des contrats faramineux avec Coca-Cola, Nike, Visa, Yili... -, devait gagner une médaille d'or en athlétisme et incarner, à lui seul, la renaissance de la puissance chinoise. Enfin, le pays allait démontrer qu'il ne brillait pas que dans des sports « mineurs » et méprisés en Occident, tels que le tir au pistolet, le plongeon ou l'haltérophilie. C'était écrit depuis sa première victoire olympique, il y a quatre ans. Une irritation du tendon d'Achille du coureur a brisé hier ces rêves chinois. Une conférence de presse exceptionnelle a été organisée en urgence sur la plus grande chaîne du pays. En pleurs, le très sympathique entraîneur de l'athlète - lui mis au secret - a dit son malheur et ses regrets. Sur les forums Internet, les fans sont divisés. Certains crachent leur haine et accusent Liu Xiang d'avoir feint une blessure pour éviter une défaite en finale contre le Cubain Dayron Robles, la nouvelle star de la discipline. D'autres plaignent le jeune homme soumis à une pression intenable et blâment déjà le système sportif chinois. Le débat ne fait que commencer.

YANN ROUSSEAU (À PÉKIN)
 
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