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Des Jamaïquains à l'eau claire ?

[ 19/08/08  ]

Au lendemain de l'exploit des athlètes jamaïquains en sprint - et les épreuves ne sont pas finies -, bien des questions se posent. La facilité avec laquelle Usain Bolt a remporté la médaille d'or du 100 mètres, samedi dernier, coupant son effort à 20 mètres du but et battant le record du monde en 9 s 69, et la victoire de sa compatriote Shelly-Ann Fraser (une inconnue) sur la même distance en 10 s 78, devant deux autres Jamaïquaines, laissent rêveur. Pour retrouver une telle supériorité chez les hommes, il faut se rappeler le « taureau » américain Bob Hayes qui avait écrasé ses adversaires sur la cendrée détrempée de Tokyo en 1964, mais il n'y avait pas de contrôle antidopage à l'époque. Ce qui ne fut pas le cas en 1988 à Séoul où l'épreuve avait été remportée avec une grande facilitée par le Canadien Ben Johnson en 9 s 79, qui fut disqualifié pour dopage. Le Canadien a été suivi sur cette mauvaise piste par Linford Christie, né à la Jamaïque (tiens, tiens) et naturalisé britannique, champion olympique en 1992 à Barcelone en 9 s 96, puis déclaré positif à la nandrolone en 1999. Et aussi par l'Américain Tim Montgomery, recordman du monde du 100 mètres en 9 s 78 en 2002 à Paris, et suspendu deux ans en 2005. Enfin, par cet autre Américain, Justin Gatlin, champion olympique à Athènes en 2004 en 9 s 85, et qui a subi en 2006 un test positif à la testostérone. Chez les femmes, l'Américaine Marion Jones a terminé sa carrière en prison et rendu ses cinq médailles (dont trois d'or) pour avoir menti lors de son témoignage dans l'affaire Balco - ce laboratoire américain fournisseur de produits prohibés aux athlètes. Bref, le doute persiste. « Nous avons été testés et retestés. Ces rumeurs n'ont aucune raison d'être. Nos athlètes sont propres », a déclaré le docteur Herb Elliott, l'un des médecins de l'équipe jamaïquaine. Mais le directeur technique de l'athlétisme français, Franck Chevallier, ironise. « Ce qui me surprend le plus, a-t-il dit à l'AFP, c'est qu'en natation ils ont des combinaisons qui les font aller plus vite dans l'eau. Là, visiblement, en Jamaïque, ils ont des combinaisons qui font aller plus vite. » Bolt « est un garçon qui a énormément de talent. En cadet, première année déjà, il était champion du monde du 200 mètres, il a un gabarit hors normes (...), reconnaît-il. Jusque-là, on peut se dire que ça peut-être entendable. J'ai plus de mal quand je vois comment l'équipe de la Jamaïque est en train d'écraser le sprint. Ils se sont formés longtemps aux Etats-Unis et aujourd'hui ils savent faire chez eux ». Y compris, peut-être, dans l'utilisation de produits interdits qui ont empoisonné depuis trop longtemps le sprint US. On ne l'espère pas.

ALAIN ECHEGUT
 
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