Rechercher  Recherche avancée
Sur tout le site 
Bourse   
Bilans 
S'abonner
Personnaliser
 
 
Mise à jour 12 h 34
Info & Secteurs   Sport Business   Analyses
 
Imprimer l'article

Le dopage génétique se profile à l'horizon 2012

[ 21/08/08  ]

Les premiers cas de dopage génétique pourraient apparaître dès les JO de Londres, selon l'Agence mondiale contre le dopage.

De plus en plus fort. Après le règne de la chimie, voici venir le temps de la génétique. Selon l'Agence mondiale contre le dopage (Wada), les premiers cas d'amélioration génétique des performances sportives pourraient intervenir dès les Jeux de Londres, en 2012. Certes, on est loin de Robocop et de toutes les créatures bioniques qui peuplent le monde de la science-fiction. Mais les progrès fulgurants des thérapies cellulaires associés à la maîtrise des hormones et facteurs de croissance qui gouvernent le fonctionnement du corps humain ne laissent planer aucun doute. Tôt ou tard, la science sera capable de produire un « athlète amélioré », c'est-à-dire plus endurant, plus fort, plus rapide ou plus apte à la concentration. « Les gènes contrôlent le fonctionnement des cellules musculaires, la production des cellules sanguines et la façon dont le corps utilise l'énergie. Plusieurs d'entre eux peuvent déjà être manipulés sans trop de difficulté. » Selon le professeur Theodore Friedmann, directeur du programme de thérapie génique à l'université de San Diego, le dopage génétique sera bientôt à portée de seringue. « Les méthodes sont plus ou moins les mêmes que celles utilisées en médecine générale pour soigner certaines maladies génétiques. La probabilité de voir prochainement des tentatives de dopage génétique est très élevée. »

Tous les deux ans, la Wada organise des séminaires scientifiques spécifiquement dédiés à une activité qui va bien au-delà du monde sportif : l'« human enhancement » (l'amélioration de l'être humain). La réunion de juin à Saint-Pétersbourg en Russie a dressé un constat sans concession et assez fataliste : « Les techniques de transfert de gène utilisées à des fins thérapeutiques ne sont pas totalement matures, mais elles peuvent déjà servir le dopage. » Tout en mettant en garde les médecins qui apporteront leur caution à ces pratiques illicites, la Wada semble admettre l'imminence de ces dérives biologico-sportives. La priorité consiste donc à mettre au point des méthodes pour les détecter, avant même qu'elles deviennent opérationnelles.

Bientôt des AGM

Mais les voleurs ont souvent une longueur d'avance sur les gendarmes. De surcroît, la frontière entre le thérapeutique et la tricherie est difficile à définir et les réglementations diffèrent selon les pays. Comment juger un sportif victime d'une tendinite qui fait appel aux propriétés cicatrisantes des thérapies cellulaires ? Faut-il sanctionner un athlète qui se fait injecter des cellules productrices de cartilages (chondrocytes) après une blessure ? « Cela dépend s'il s'agit de réparation ou de préparation. Tout est une question d'emploi et de destination », estimait récemment le spécialiste français Gérard Dine(*), professeur de biotechnologies à l'Ecole centrale. Parmi les dangers les plus pressants figure le contrôle de l'expression des gènes qui produisent des protéines « stratégiques » pour la performance : hormone de croissance, EPO (érythropoïétine), IGF (« insulin-like growth factor »). La Wada a même lancé un programme de recherche de 7 millions de dollars pour contrer les futurs bio-tricheurs (lire encadré ci-contre).

Selon Theodore Friedmann, deux techniques détournées de la médecine officielle sont particulièrement attrayantes pour les sportifs marrons : les produits du génie génétique utilisés pour lutter contre les dystrophies musculaires et les molécules de correction de certains déficits hématologiques. Sans le citer, le biologiste américain mentionnait dans une récente interview un entraîneur allemand de renom s'intéressant de près à des traitements expérimentaux développés pour lutter contre des cancers ou des maladies rénales.

Très délicat à détecter

Les effets secondaires de ces molécules très puissantes sont mal évalués. « Utiliser des traitements très expérimentaux destinés à soigner des patients dont la vie est menacée sur des athlètes jeunes et en bonne santé n'est pas éthique », estime le chercheur américain. Est-il encore temps de contenir ces dérives ? Des substances de synthèse injectées dans le sang (donc d'origine exogène) sont en principe relativement faciles à détecter. En revanche, la mise en évidence d'une surproduction endogène de facteurs de croissance musculaire ou hématopoïétique est plus délicate. Un AGM (athlète génétiquement modifié) pourra toujours se justifier en indiquant que la nature, dans son souci darwinien de créer de la diversité, l'a généreusement doté de capacités physiques hors du commun. Après tout, un basketteur qui mesure 2,20 mètres n'est pas interdit de salle.

Fort heureusement, les manipulations génétiques laissent souvent des traces discrètes mais détectables dans l'organisme. Une hormone agit sur plusieurs gènes et cette action peut avoir des répercussions imprévisibles. Les travaux des chercheurs se concentrent donc sur le repérage de ces marqueurs de la triche. Mais l'imagination des fraudeurs est sans limite et certains spécialistes de la médecine sportive ont appris à « rester sous le radar ». C'est le cas avec la nouvelle l'EPO retard (Cera) développée par l'industriel de la pharmacie américain Amgen. A l'origine, cette molécule est destinée à soigner des anémies en accélérant la production de globules rouges par la moelle osseuse. De nombreuses variantes génériques dont le poids moléculaire est légèrement différent de la forme homologuée ont été mises au point par des laboratoires peu scrupuleux. Ces dérivés sont difficiles à identifier avec les techniques d'analyse actuelles et circulent peut-être dans certains milieux sportifs. Le successeur de l'EPO est d'ailleurs connu, c'est un peptide baptisé ESA (« erythropoiesis stimulating agent »). L'une de ces molécules (Hematide) est en essai clinique dans les hôpitaux et ne tardera pas à entrer dans l'arsenal thérapeutique officiel. « Dès qu'elle sera commercialisée, elle passera dans les mains des sportifs », indiquait récemment le biologiste Don Catlin, qui a fondé un institut de recherche sur le dopage à Los Angeles.

ALAIN PEREZ

(*) Dans le dossier du CNRSde juillet-août 2008.
 
Imprimer l'article
 
 
 
Plan du site
 
 
Espace clients
 
 
Sites web du groupe
 
 
Rediffusion | C.G.U./C.G.V. | Prestataires | Publicité | Plan du site | Charte lesechos | Aide
Tous droits réservés - Les Echos 2008

Conformément à la loi Informatique et Liberté n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, nous nous engageons à informer les personnes qui fournissent des données nominatives sur notre site de leurs droits, notamment de leur droit d'accès et de rectification sur ces données nominatives. Nous nous engageons à prendre toutes précautions afin de préserver la sécurité de ces informations et notamment empêcher qu'elles ne soient déformées, endommagées ou communiquées à des tiers.