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Oui, les Chinois ont aussi des émotions

[ 21/08/08  ]

Il est toujours instructif de discuter avec les visiteurs étrangers visitant la Chine pour la première fois à l'occasion des jeux Olympiques de Pékin. On découvre au fil des conversations la Chine telle qu'elle est perçue ailleurs et non plus telle qu'elle est vécue ici. Un peu de recul ne fait jamais de mal. Mais l'exercice décontenance car on prend, une nouvelle fois, conscience que le travail de pédagogie que s'efforcent de faire les correspondants établis sur place depuis plusieurs années ne porte pas toujours ses fruits. De lourds clichés collent toujours à la peau chinoise. « Je suis épaté. Je croyais vraiment que nous allions arriver à Tirana ou à Pyongyang », m'expliquait récemment un confrère tout juste débarqué d'Europe. Non, les Pékinois ne vont pas tous en vélo et costumes Mao manger, le soir, des insectes grillés en famille comme aiment à le faire croire certaines grandes chaînes télévisées occidentales qui ne veulent pas bouleverser les certitudes de leurs téléspectateurs. Ces derniers jours, l'un des grands étonnements des visiteurs étrangers a été leur prise de conscience de la capacité des Chinois à exprimer des émotions. Ne nous raconte-t-on pas, dans tous les classiques de la littérature, que « l'Asiatique » a un visage de cire d'où ne s'échappe aucun sentiment. Ni joie, ni colère. Ni satisfaction, ni désapprobation. Le Chinois serait « illisible » et donc dur en affaires. Décrit, partout, comme une machine à gagner des médailles pour sa patrie, le sportif chinois doit, plus que tout autre, incarner cette robotisation froide de l'humain. Mais voilà, depuis dix jours, les Chinois rient et pleurent en direct à la télé. Lundi, Sun Haiping, l'entraîneur de Liu Xiang, tout juste écarté des qualifications, s'étouffait de sanglots, malgré l'expérience de ses cinquante-trois ans, en pleine conférence de presse devant des dizaines de millions de téléspectateurs. Du Li, une jeune championne de tir, qui devait emporter le 9 août la première médaille d'or du pays, s'était écroulée de la même manière, devant les caméras, après avoir échoué dans sa mission. Après leur victoire dans l'épreuve féminine de quatre de couple - la première médaille de l'histoire de l'aviron chinois -, les jeunes athlètes chinoises se sont effondrées dans leur bateau secouées de larmes de... joie. « Chinese Love Their Children Too », devrait maintenant chanter Sting.

YANN ROUSSEAU (À PÉKIN)
 
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