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Une mise en scène qui conforte le régime
[ 25/08/08 ]
En dix-sept jours de compétition, les autorités chinoises ont orchestré pour leur peuple et le monde le grand retour de leur pays sur la scène internationale.
DE NOTRE CORRESPONDANT À PÉKIN.
Hier soir, en regardant la cérémonie de clôture des Jeux de Pékin depuis leurs sièges climatisés du « nid d'oiseau », les cadres du Parti communiste chinois ont pu, pour la première fois depuis le début de la compétition le 8 août, pousser un soupir de satisfaction. L'une des plus grandes opérations de propagande jamais lancées par le parti au pouvoir depuis 1949 apparaît comme un large succès. Pendant dix-sept jours, la Chine a démontré à son peuple et au monde la renaissance de sa puissance.
Le rêve olympique du pays n'a été perturbé par aucun des cauchemars anticipés par le pouvoir et les observateurs étrangers. Le gouvernement a pleinement usé de son pouvoir autoritaire pour mobiliser des centaines de milliers de policiers, de soldats et de volontaires, et désamorcer toute crise potentielle. Les rares attaques terroristes qui devaient faire régner un climat de peur sur la ville n'ont pas débordé des frontières du Xinjiang, à l'extrême ouest du pays. Les tentatives de protestation contre les atteintes aux droits de l'homme du régime chinois ont été rapidement étouffées et n'ont reçu qu'un écho modéré dans le pays et en Occident, qui avait pourtant beaucoup protesté lors de la crise tibétaine.
Première puissance olympique
Très commentée avant les Jeux, la pollution n'a finalement pas gâché les performances des athlètes. Le voile gris qui pèse habituellement sur la cité s'est dissipé après quelques jours et un air étonnamment propre a baigné la capitale, qui avait ordonné à des centaines d'entreprises de suspendre leur production et imposé une circulation alternée à ses automobilistes.
Sur leurs postes de télévision, les spectateurs du monde entier ont donc découvert une Chine propre, sophistiquée et moderne, loin des clichés de l'inconscient collectif qui pèsent toujours sur l'image du pays. Ils ont été épatés dès la cérémonie d'ouverture avant de découvrir des athlètes chinois dominant la scène mondiale. Le pays s'est imposé pour la première fois, depuis son retour aux Jeux, à Los Angeles en 1984, comme la première puissance olympique avec 51 médailles d'or, loin devant les Etats-Unis et la Russie. Les sportifs chinois n'ont pas seulement raflé la plupart des titres dans les disciplines qu'ils dominent traditionnellement (tir, plongeon, ping-pong...) mais également remporté plusieurs épreuves dans des sports jusqu'ici dominés par les Occidentaux (natation, beach-volley ou escrime).
Fibre patriotique
La population chinoise, qui ne s'était jamais autant massée devant son poste de télé, s'est régalée du même spectacle. Elle a vu avec fierté son pays triompher. Chaque jour, ses médias, sous étroit contrôle, faisaient vibrer la fibre patriotique en listant les victoires de l'équipe nationale et les commentaires positifs de la presse internationale.
A la tête de l'Etat, le Parti communiste peut donc se réjouir. Lorsque les Jeux avaient été attribués à Pékin, il y a sept ans, nombre d'observateurs étrangers avaient anticipé une ouverture politique accélérée du régime chinois. Ils croyaient à un implacable effet « olympique ». Cette démocratisation n'a pas eu lieu. En démontrant sa capacité à faire briller le pays sur la scène internationale, la structure autoritaire a conforté sa légitimité. La grande majorité des habitants du pays a soutenu l'événement et salué la réussite de ses gouvernants. Les rares voix constestataires ont été muselées. Aucune protestation publique n'a ainsi été autorisée à Pékin, malgré les promesses faites au Comité international olympique, et les rares dissidents encore en liberté ont été écartés avant même que les Jeux ne débutent sans qu'aucun grand pays démocratique, à l'exception peut-être des Etats-Unis et de l'Allemagne, n'ose la moindre protestation. Après avoir un temps évoqué l'éventualité d'un boycott pour satisfaire leur opinion nationale, plusieurs chefs d'Etat européens sont finalement venus assister à la cérémonie d'ouverture, de peur de braquer le pouvoir de Pékin. Implicitement, ils ont pris acte de l'émergence d'un nouvel ordre mondial.
Si la nation chinoise a toujours eu conscience de sa place centrale dans le monde - les enfants du pays apprennent que l'Empire chinois régnait encore sur la planète il y a cent cinquante ans -, les pays étrangers ont, eux, été habitués à vivre dans un espace dominé par l'Europe et les Etats-Unis. Les JO leur ont peut-être fait prendre conscience, pour la première fois, de l'émergence d'une puissance différente. Dominante dans le sport, incontournable dans la vie économique, riche culturellement et avide de progrès scientifiques, la Chine va irrémédiablement retrouver sa grandeur passée. L'Occident va devoir se faire à cette idée.
YANN ROUSSEAU
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