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La fausse fin du communisme sportif
[ 25/08/08 ]
Il est facile de dire quel pays a gagné les jeux Olympiques. La Jamaïque est le plus productif avec 1,2 % des médailles pour 0,04 % de la population mondiale et 0,03 % du PIB. Les Etats-Unis remportent le plus grand nombre de médailles. La Chine a la médaille d'or du nombre de médailles d'or, une performance qui refléterait selon nombre de commentateurs le fantastique boom économique du pays. Mais il est plus instructif de se demander qui a perdu. Il serait facile de répondre en ironisant par exemple sur la Manaudou qui a plus pataugé que nagé, beau symbole des athlètes rentrés de Pékin l'amertume au coeur. Pourtant, la France s'en sort bien avec ses 40 rondelles. A en croire les prévisions établies par trois économistes, Madeleine et Wladimir Andreff avec Sandrine Poupaux (« Les Echos » du 8 août), c'était un peu plus que ce que la France pouvait espérer au regard de sa population et de son niveau de vie.
Non, le grand perdant, c'est... la Russie. Oui, celle-là même qui vient d'affirmer sa force en Géorgie, qui engrange les milliards de dollars du pétrole cher, et dont le maître Vladimir Poutine est un sportif accompli - nageur, skieur, tennisman et ancien champion de lutte sambo. Ses athlètes n'ont rapporté que 72 médailles alors que le trio d'économistes lui en prévoyait 96. Grosses déceptions aussi pour l'Ukraine ou Cuba, qui dépassent à peine la moitié de leur potentiel. L'Allemagne, elle, gagne à peine une médaille de plus que la France - alors qu'elle pouvait espérer dépasser largement la cinquantaine.
En réalité, c'est une exception qui s'est sans doute achevée à Pékin. Pendant des décennies, les pays communistes ont beaucoup misé sur les JO pour affirmer la supériorité de leur modèle politique et économique, à commencer par la RDA, incorporée depuis dans la République fédérale d'Allemagne. C'était l'époque des nageuses à moustache et des athlètes à espérance de vie rétrécie. Ces efforts sont devenus inutiles après l'effondrement du rideau de fer à la fin des années 1980, mais ils ont continué à porter leurs fruits des années durant. Apparemment, leur effet s'estompe enfin. Sauf en Chine, qui, elle, continue d'investir massivement dans ses sportifs. Autrement dit, la Chine a gagné parce que c'est le dernier pays vraiment communiste. Ou parce qu'elle devient un grand pays capitaliste. Ou pour les deux raisons à la fois.
JEAN-MARC VITTORI
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